Vivre ensemble, c’est aussi regarder en face les questions de l’immigration.
Les migrations de la misère, les déplacements de population ne trouveront de solution que dans le développement
des pays pauvres et surtout du continent africain. Notre commun est évident.
Ce serait trop long de dire ici tout ce que j’en pense, tout ce qu’il y a à faire.
J’ai gardé, avec l’Afrique ou je suis née, un lien profond alors même que je n’y suis retournée que rarement.
J’ai retrouvé pour la première fois ce lien de ma naissance il y a un peu plus d’un an seulement. J’ai ainsi renoué avec mon point d’origine.
J’ai puisé beaucoup de force dans l’accueil très chaleureux que m’ont réservé les habitants.
C’est parce que j’aime l’Afrique que je ne me résigne pas aux conflits, aux massacres, au sous développement et
aux régimes dictatoriaux. Parce que j’aime l’Afrique, je veux rompre avec la vieille politique néocoloniale de la France, qu’on a appelée la « France Afrique », nourrie d’affairisme et
de ce mépris paternaliste qui voudrait que la démocratie ne puisse jamais être le choix des peuples du continent africain. Le chanteur ivoirien Tiken Jah Facoly a fait là-dessus une très belle
chanson et j’ai eu l’occasion de lui dire combien je la trouvais juste.
Je ne pense pas pour autant que la France doive banaliser sa relation avec l’Afrique.
Des Africains vivent en France, des Français vivent dans des pays africains. Nous nous sommes enrichis
mutuellement sur le plan culturel. Nos peintres et nos sculpteurs du XXIème siècle ont une dette envers l’art africain. Nos musiques actuelles doivent beaucoup aux rythmes d’Afrique et à l’art
des griots.
Pourtant une relation privilégiée ne signifie pas une relation in changée. La France a trop longtemps soutenu
des régimes inefficaces et corrompus. Les jeunes Africains veulent la démocratie et un Etat efficace au service des populations. Eux aussi s’emparent d’Internet et de tous les moyens de
communication pour s’exprimer.
La France doit entendre cette aspiration à la
démocratie et à la transparence.
L’Afrique subsaharienne est une des zones les plus pauvres du monde. C’est autant plus insupportable qu’il n’y
a pas de fatalité. Les remèdes sont, pour l’essentiel, entre les mains des Africains. Sans la concorde à l’intérieur du pays et la paix avec les voisins, il n’y a pas de développement possible.
Sans un contexte économique et social ouvert aux investissements, nationaux et étrangers, et sans un Etat capable de piloter les transitions, d’en maîtriser le rythme, de bâtir les
infrastructures et les services publics nécessaires, il n’y a pas de vrai développement possible. Il faut tenir parole sur le montant de l’aide, mais aussi mieux organiser, bannir les corruptions
et les bureaucraties dévoreuse de l’aide (autant jeter les billets par le hublot d’un avion, il en arrivera plus sur le terrain concerné !).
Beaucoup de projets que j‘ai vus au Sénégal ou au Mali sont représentatifs de formes nouvelles que peut prendre
l’appui au développement, dans une logique de partenariat. Ils sont ciblés sur des secteurs clés (éducation, santé, énergie, agriculture, environnement, culture, microcrédits) et atteignent
directement les populations. C’est cela qu’il faut mettre davantage en pratique.
Le développement de l’Afrique sera l’œuvre des
Africains !
Ségolène Royal : " Si la Gauche veut des idées"
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